de
la difficulté à se concentrer quand on est élève
adolescent, le modèle souris - neuroplasticité- |
« L'adolescence n'est pas une période facile pour les souriceaux. Ils ont le poil terne, l'humeur versatile, leur sexualité les préoccupe plus que de raison... Et voici que la puberté diminue leur capacité d'apprentissage ! L'affaire, révélée par des chercheurs de l'université d'Etat de New York, est on ne peut plus sérieuse. Pour connaître les responsables de ce ramollissement intellectuel, il faut se plonger dans la revue Science datée du 19 mars. On y apprend qu'il s'agit de récepteurs neuronaux répondant au nom de GABA-A. Lesquels récepteurs, chez les souris tout juste sorties de l'en¬fance, sont sept fois plus nombreux dans l'hippocampe - une région cérébrale d'une grande plasticité neuronale, essentielle à la mémorisation - que chez des souris plus jeunes ou plus âgées. Conséquence : les rongeurs teenagers se font piéger comme des bleus au test de l'apprentissage spatial (le « jeu » consiste à se déplacer sur une plate-forme tournante en évitant la zone qui produit une décharge électrique), quand leurs cadets, leurs aînés et leurs parents le réussissent haut la patte. Rien de tel, bien sûr, chez les petits d'homme. Dans leur immense majorité, nos ados sont attentifs en cours, comprennent sans effort les subtilités des langues mathématique ou française, retiennent leurs leçons à la perfection. Mais pour ceux qui, par malchance, ont en tête une telle quantité de récepteurs GABA-A qu'ils préfèrent pianoter sur leur mobile, gribouiller dans leur classeur ou chuchoter avec leur voisin(e) plutôt que boire les paroles de leur professeur, la science a peut-être trouvé la parade TOUT À L'ENVERS Chez la souris, toujours, les chercheurs new-yorkais ont montré qu'une hormone stéroïde dite THP, agissant habituellement comme un tranquillisant tout en perturbant les capacités d'apprentissage, produit exactement l'effet contraire durant l'adolescence. Selon leurs travaux, cette THP compense l'action des récepteurs GABA-A en surnombre et rétablit l'activité électrique correcte des neurones de l'hippocampe. « Lorsqu'on leur injecte une certaine quantité de cette hormone, les souris en pleine puberté réussissent le test spatial », précise le docteur Sheryl Smith, qui a dirigé cette recherche. Seul point noir : l'organisme des souriceaux ados faisant décidément tout à l'envers, l'hormone en question augmente également leur état d'anxiété. Age ingrat, définitivement. » - Catherine Vincent , journal Le Monde Magazine supplément du journal Le Monde- 17 avril 2010 |